Comme base des travaux à exécuter est adopté le système de régularisation des rivières, suivi pendant les dernières années, tant pour la Meuse que pour les autres grandes rivières dans le royaume des Pays-Bas.
Ce système comprend trois genres de travaux différents, à savoir:
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1°.
La fermeture des faux bras, qui donnent lieu à une dispersion nuisible des basses eaux, de manière que celles-ci soient contenues dans un seul chenal, tant qu'elles ne dépassent pas leur hauteur moyenne.
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2°.
Le rétrécissement de ce chenal partout où il a une trop grande largeur pour permettre une profondeur suffisante en rapport avec le régime de la rivière.
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3°.
Le rétrécissement ou la régularisation du lit de la rivière par moyen de digues ou de rives artificielles, partout où sa trop grande largeur donne lieu à une dispersion ou à un courant nuisibles des hautes eaux.
Les travaux du premier genre sont, pour ce qui regarde la Meuse, déjà executés en partie.
A différents endroits la fermeture des faux bras a en même temps donné lieu à former des chemins de halage, qui, submersibles pendant les hautes eaux, sont néanmoins d'une grande utilité pour la navigation, tant que les eaux se trouvent à leur hauteur ordinaire ou moyenne.
Tous les travaux nécessaires pour la fermeture des faux bras qui existent encore sont compris dans le tableau mentionné ci-dessus.
Comme largeur normale du chenal de la Meuse est adopté de Maestricht à Ruremonde 100 mètres, s'élargissant de là à Venlo jusqu'à 120 mètres.
Le principe qu'on a en vue en adoptant cette largeur normale est d'obtenir autant que possible un maximum de profondeur en rapport avec la capacité de la rivière et une pente regulière sur toute la longueur.
Cette harmonie entre les éléments du régime de la rivière ne peut être obtenue qu'en consultant l'expérience à acquérir.
Après que le chenal sera rétréci jusqu'à la largeur normale, soit par moyen de travaux longitudinaux, soit par moyen d'épis transversaux, il est nécessaire de lui donner un fond régulier d'une profondeur suffisante.
Si le fond est mobile, cette régularité du chenal se formera de soi-même, par suite de l'augmentation de la vîtesse du courant, qui sera la conséquence du rétrécissement.
En général le gravier qui couvre le fond de la Meuse est trop fort pour pouvoir compter sur un approfondissement naturel.
Ordinairement un draguage sera nécessaire à cette fin.
Cependant dès qu'il s'agit de draguage, la plus grande prudence doit être observée.
Le fond de la Meuse forme une suite continue de bassins ou biefs séparés entre eux par des barres, formant en quelque sorte des barrages naturels.
En enlevant ces barres à la drague à une trop grande profondeur, on risque un abaissement de niveau du bassin ou bief supérieur, et de faire produire par Ià dans ce bief un ou plusieurs nouveaux bas-fonds, souvent plus nuisibles que celui qui a été enlevé.
Le but du draguage doit être exclusivement de former un chenal régulier, nayant que la profondeur nécessaire pour obtenir le tirant d'eau désiré.
Les draguages faits jusqu' ici à la Meuse sont appliqués d'après ce principe, qu'on a également eu en vue pour les travaux indiqués au tableau.
L'expérience démontrera si avec la largeur adoptée on peut maintenir la profondeur et la régularité du chenal obtenues par le draguage.
Si c'est réellement le cas, il sera démontré par là qu'on a obtenu en effet l'harmonie désirée.
Si au contraire la régularité voulue ne peut se maintenir, on en déduira que le rétrécissement n'est pas convenable.
Il faudra alors rétrécir de nouveau le chenal, ou bien le lit entier, conformément à ce qui sera indiqué plus tard.
Il se peut néanmoins qu'après que le fond gravier à été enlevé, le chenal continue à s'approfondir par suite de la vitesse du courant.
Dans ce cas on peut admettre que le rétrécissement a été trop fort. Il faudra alors ou enlever une partie des travaux de rétrécissement, ou bien augmenter la largeur de fond du chenal.
Pour qu'un chenal, formé dans les conditions prescrites, se conserve sans altération, il est essentiel d'avoir égard à l'état des rives en amont.
Le défaut d'entretien des rives doit être considéré comme la principale cause du mauvais état de la rivière, qui existait jadis généralement et qui existe encore aujourd'hui à différents endroits.
Différents ouvrages de défense sont compris dans le tableau, dans le but de conserver les rives et de prévenir des érosions, qui pourraient donner lieu à des attérissements.
Il n'est pas toujours possible de donner au chenal la direction du courant des hautes eaux. C'est principalement le cas aux endroits où la rivière formait différents bras, dont il n'en est conservé qu'un seul dans l'intérêt d'une navigation régulière.
Des attérissements peuvent alors se former pendant les hautes eaux, qui, se dispersant trop ou ne suivant plus la direction du chenal, y donnent lieu à une diminution de vîtesse du courant.
Dans ces cas il est nécessaire de fermer entièrement les faux bras jusqu'à la hauteur des rives en amont et en aval, par moyen de digues, qui ne sont submergés qu'après le débordement général de la rivière.
A différents endroits les rives sont trés basses, de sorte que même pendant les hautes eaux ordinaires le lit de la rivière a une largeur disproportionnée. Ceci donne également lieu a une diminution de vîtesse du courant dans le chenal, de sorte qu'elle ne suffit plus pour en balayer convenablement le fond.
Pour obvier à cet inconvénient, il est nécessaire de construire dans le lit de la rivière des digues ou rives artificielles, dans la direction des hautes eaux, à une distance convenable du thalweg et dont la hauteur correspond à celle des rives naturelles ordinaires.
Quelques-uns des travaux de ce genre sont compris dans le tableau.
Ils devront faire plus spécialement partie d'une série de travaux à exécuter plus tard, si, après l'achèvement de ceux indiqués au traité, l'amélioration de la navigabilité de la Meuse était continuée.
Aux endroits où des rétrécissements sont considérés comme nécessaires du côté où se trouve le chemin de halage, et où les épis transversaux pourraient gêner le halage, sont proposées des jetées longitudinales. Ces jetées faciliteront en même temps le halage, tant que les eaux n'auront pas surpassé leur hauteur moyenne.
Les épis et jetées ou barrages proposés seront construits en fascinage couverts et enrochés de moëllons, comme il est usité pour les ouvrages exécutés pendant les dernières années à la Meuse.
La dépense indiquée au tableau comprend les frais nécessaires pour couvrir et enrocher convenablement les ouvrages, de sorte qu'ils peuvent être considérés comme entièrement achevés, sans avoir besoin d'être renforcés durant l'entretien immédiatement après l'achèvement.
Dans la supposition que l'exécution de travaux si considérables donnera lieu à un exhaussement du prix des matériaux et des journées, ces prix sont augmentés dans le calcul de la dépense de 10 pour cent.
Il est à prévoir qu'après l'exécution des travaux indiqués au tableau, la nécessité se présentera d'en construire differents autres ou qui en seront la conséquence, et qui pour le moment ne paraissent pas encore nécessaires.
Dans le but de pourvoir à cette éventualité, nne somme d'environ neuf pour cent à été ajoutée à la dépense pour travaux imprévus.
Dans cette somme sont également compris les frais extraordinaires pour la surveillance de l'exécution des travaux.
L'ordre d'exécution des travaux devra être réglé ultérieurement de commun accord; cependant il serait utile d'exécuter en premier lieu les draguages proposés aux endroits où les ouvrages de rétrécissement ont déjà été faits les années précédentes.
On obtiendra par là pendant la première année des résultats immédiats.
Vu la présente Note explicative pour être annexée au traité du 12 Mai 1863 (article 9) relatif aux prises d'eau de la Meuse.
(Signé) P. VAN DER MAESEN DE SOMBREFF.
” THORBECKE.
” G. H. BETZ.
(Signé) Baron DU JARDIN.